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Définition : Le jeu pathologique
Le jeu pathologique (aussi nommé jeu compulsif, jeu excessif ou ludomanie) est une forte addiction compulsive aux jeux et paris malgré les conséquences négatives ou le désir d’arrêter. De sévères problèmes de jeux peuvent être diagnostiqués en tant que jeu pathologique clinique si le joueur rencontre certains critères. Ce trouble est reconnu en tant que trouble des habitudes et des impulsions par l’Association Américaine de Psychiatrie.

En France, jouer à des jeux de hasard et d’argent, qu’il s’agisse des jeux de tirage, de grattage, des paris hippiques, des machines à sous dans les casinos… est une habitude communément partagée.
Pour la grande majorité de la population, elle ne pose aucun problème et demeure source de plaisir. On parle alors de pratique « sociale » ou « récréative ». Pour quelques personnes, cette activité va devenir problématique ou excessive.

Pour le joueur pathologique, le jeu est une préoccupation permanente, le jeu prend une place centrale dans sa vie malgré les résolutions qu’il a prises, il finit par prendre trop de risques.
Il va faire des efforts répétés pour diminuer sa pratique sans y parvenir, il va retourner jouer pour « se refaire » (gagner l’argent perdu au jeu). Le jeu pour cette personne devient un moyen pour fuir les problèmes car il va aussi essayer de tout faire pour cacher le fait qu’il joue et qu’il joue beaucoup. Lorsqu’il a des difficultés financières dues au jeu, le joueur va chercher une solution pour financer sa pratique de jeu. (Emprunts voire vols, détournements d’argent)

Facteurs :
Il n’existe pas une cause en particulier. Chaque joueur a ses propres raisons de jouer. Mais dans la plupart des cas, la personne essaie de détourner l’attention d’autrui ou de démontrer un sentiment de malaise.

Certaines personnes jouent parce qu’elles ressentent la nécessité de succès spectaculaire. Ces personnes auront par exemple appris, souvent dans leur famille, qu’on est aimé et estimé des autres pour ce que l’on fait, pour nos succès, plutôt que pour ce que l’on est. De plus, parmi ceux qui ont appris qu’il est nécessaire de performer (avoir du succès matériel) pour avoir l’attention et être reconnu, la persévérance, peut venir soutenir le comportement de chasing (le fait de revenir jouer sans cesse dans le but de regagner l’argent perdu). Le joueur compulsif s’entête à persévérer et non à s’obstiner contre le jeu.

Les chiffres de la prévalence du jeu excessif en France est estimée à :

400 000   joueurs à risques modéré (0,9 % de la population)
200 000   joueurs excessifs (0,4 % de la population)

Le jeu excessif :

Lorsque le jeu devient excessif, on retrouve le caractère compulsif de la conduite.
La personne perd progressivement sa liberté et se sent petit à petit « obligée »de retourner jouer.

Par ces aspects, le jeu pathologique présente des points communs avec d’autres troubles, liés à l’utilisation de substances psychoactives : alcool, tabac, substances illicites ou certains médicaments ou à d’autres addictions comme : les achats compulsifs, les troubles de comportement alimentaire, l’addiction au sport, dépendances sexuelles et affectives, dépendances sectaires…

On ne mesure pas la pathologie d’un joueur simplement par le montant d’argent qu’il dépense au « jeu ». Un individu à l’aise financièrement peut jouer d’importantes sommes d’argent sans que cela représente un problème pour lui. À l’inverse, le cas de personnes ayant un faible revenu ou bénéficiant de minima sociaux, qui dépensent des sommes moins importantes aux jeux d’argent, se révèle parfois beaucoup plus problématique.

Graphique de la fréquence des jeux de hasard et d’argent chez les 18-75 ans – 2014

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Comment se développe l’addiction au jeu ?
La problématique de base
L’apparition de l’addiction au jeu est un processus complexe, qui implique de nombreux facteurs. Les plus importants de ces facteurs sont :
Un important trouble de l’amour-propre (trouble narcissique de la personnalité)
Un trouble relationnel
Un manque de régulation de son excitation

Trouble de l’amour-propre
Le trouble important et profondément ancré de l’amour-propre est un facteur clef, dans lequel le soi est décrit comme un état de vacuité ou de néant, qui provient souvent d’un sentiment d’infériorité vécu durant l’enfance, et est compensé par des fantaisies de pouvoir illimité et de grandeur.
Les gains encaissés aux départs accroissent la surestimation, et confirment le sentiment de supériorité de la personne. Au début, apparaît souvent le « big win », un gain rapide et apparemment gros, qui est le déclencheur de fantasmes et de rêve de richesses.

Trouble relationnel
Le Psychiatre pour enfants britannique John Bowlby a, dans les années 60, développé une théorie relationnelle. Il a établi que les personnes orientent leur type relationnel à la délicatesse et au tact de leur mère, ainsi qu’à ses capacités à s’adapter au petit enfant.
Le type relationnel « défiant – évitant » est, par exemple, un enfant incertain quant à la disponibilité de l’autre personne de la relation. Il s’attend en général à ce que ses demandes soient refusées. On retrouve souvent ce type chez les enfants qui ont été fréquemment rejetés. Les enfants avec ce type relationnel sont en général plus facilement sujets à des troubles psychiques que les enfants ayant un type relationnel plus « confiant ». Les joueurs compulsifs ont assez fréquemment un type relationnel défiant.
Chez les joueurs compulsifs, on trouve par ailleurs souvent la situation « broken-home » avec en général une figure paternelle très altérée. Le joueur compulsif aura fréquemment été l’objet d’abus.

Manque de régulation de l’excitation
L’incapacité à réguler son excitation et sa tension intérieure se montre surtout dans l’état d’agitation du joueur. Souvent, sa motivation première en commençant à jouer est son aspiration au succès et aux gains, un besoin de passer le temps et tuer l’ennui, ou le combat de sentiments négatifs, comme par exemple après une séparation. Puis, petit à petit, le joueur tombe dans un cercle vicieux dont pâtissent tous les domaines de sa vie.

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Qui est menacé ?

Les personnes concernées sont avant tout des hommes, célibataires, vivant en métropole, avec un âge moyen d’environ trente ans. Le début de l’addiction se trouve souvent dans l’adolescence, sauf chez les femmes chez qui celle-ci apparaît généralement en milieu de vie. Lorsqu’ils sont reçus en traitement, les joueurs sont en général surendettés, ont des tendances suicidaires, et ont commis des délits criminels, par exemple pour se procurer de l’argent. Un grand nombre des joueurs compulsifs (environ un tiers) souffrent par ailleurs d’une dépendance matérielle, par exemple à l’alcool, ou à l’héroïne.

On note aussi que 50 % des joueurs compulsifs ont des troubles maniaco-dépressifs, dont résultent souvent une humeur maussade et une perte d’intérêt.

25% des joueurs accompagnés ont déjà tenté au moins une fois de se suicider. 90 % des joueurs ont des troubles de la personnalité. Un trouble de la personnalité se distingue par un type de comportement perturbé à apparition répétée, apparu durant l’enfance ou l’adolescence, et qui amène à de lourds problèmes sociaux. Le plus fréquent est le trouble narcissique de la personnalité, qui se distingue par un sentiment démesuré de sa propre importance, dans lequel le patient exagère constamment ses talents et ses performances, est saisi par des rêves excessifs de succès, gloire, pouvoir, etc… Le patient se croit singulier et unique, et a un constant besoin de l’admiration d’autrui.

Les troubles narcissiques de la personnalité sont difficiles à traiter, car le patient tend souvent à interrompre le traitement, car il n’y trouve pas la confirmation de sa grandeur.